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Empire: Le Monde review
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3260-5379-165291-,00.html
I do not recommend using internet automatic translation for the following:
Chris Burford
23.3.01
EMPIRE de Michael Hardt et Antonio Negri. Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Denis-Armand Canal, éd. Exils, 560 p., 160 F (24,39 euros).
Aux antipodes des pensées en miettes et des résignations micrologiques,
l'effort de synthèse de Michael Hardt et Antonio Negri a reçu un accueil
chaleureux dans la gauche intellectuelle anglo-saxonne. Ainsi, Fredric
Jameson y voit-il "la première grande synthèse théorique du nouveau
millénaire". L'hommage salue notamment la consistance d'une pensée
développée par Tony Negri de Marx au-delà de Marx (L'Harmattan, 1979) au
Pouvoir constituant(PUF, 1997), qui débouche aujourd'hui sur une approche,
nourrie de Spinoza et de Machiavel, de Deleuze et de Foucault, du grand
"passage" dans lequel le monde est embarqué.
Il est impossible d'embrasser dans une brève recension le vaste champ des
questions traitées. Hardt et Negri enregistrent cette "transition capitale
dans l'histoire contemporaine" comme l'avènement d'une libération et comme
l'opportunité d'une politique du métissage et du nomadisme, aux antipodes
des logiques binaires et territoriales. A la différence des impérialismes
"classiques" du XXe siècle, ce nouveau dispositif "supranational, mondial,
total, nous l'appelons Empire". Il n'est pas américain - ni d'ailleurs
européen -, mais "simplement capitaliste". La mutation " de l'impérialisme
à l'Empire et de l'Etat-nation à la régulation politique du marché global"
signifierait la mise en forme directe des rapports de production par le
capital. Abolissant la frontière entre un intérieur et un extérieur,
l'Empire serait sans dehors. Cette nouveauté rendrait obsolètes les
préoccupations tactiques de "la vieille école révolutionnaire" et mettrait
à l'ordre du jour une contre-mondialisation animée d'un désir immanent de
libération. Si l'hypothèse est séduisante, sa justification empirique et
conceptuelle invite à discussion. L'analyse de l'accumulation capitaliste
actuelle demeure en effet évasive, et le marché mondial se réduit souvent à
une abstraction.
Quel est le rapport entre la concentration mondiale du capital, sa
localisation territoriale et ses logistiques étatiques (monétaires et
militaires) ? Quelles sont les stratégies géopolitiques à l'?uvre ? Comment
opère la tension entre un droit supranational émergent et un ordre mondial
reposant encore sur une structure fondamentalement inter-étatique ? Quel
est le rapport entre mobilité des capitaux et des marchandises, contrôle
des flux de main-d'?uvre et nouvelle division internationale du travail ?
Que les dominations impériales ne puissent plus être pensées dans les
termes où elles le furent au début du siècle par Rosa Luxemburg ou Rudolf
Hilferding, qu'il soit utile de reprendre à nouveaux frais le débat entre
Lénine et Kautsky sur l'ultra-impérialisme, ne saurait dispenser d'un
examen comparatif permettant de faire au présent la part du nouveau et de
l'ancien.
Les firmes, même transnationalisées, continuent à s'adosser à la puissance
militaire, monétaire et commerciale des Etats dominants. La fracture
NordSud n'est pas effacée. Si l'Empire fonctionne désormais "sans dehors",
le développement inégal et combiné nécessaire à son métabolisme est
"internalisé" sous forme d'une production différenciée des espaces de mise
en valeur. Si le marché des capitaux et des marchandises est ouvert, le
marché du travail reste fortement segmenté. Loin d'une homogénéisation du
monde, le système de dominations et de dépendances hiérarchiques demeure.
Récusant toute prophétie sur une crise finale d'effondrement systémique,
Hardt et Negri se demandent plutôt comment les résistances et les actions
de la multitude peuvent "devenir politiques" : "cette tâche de la multitude
reste plutôt abstraite", admettent-ils avec modestie. Quelles pratiques
concrètes vont animer ce projet politique ? " On ne peut le dire pour le
moment."Contre les effets généralisés de la réification et de l'aliénation
marchandes, on ne saurait se contenter en effet de formules opposant la
multitude au peuple, le jaillissement insaisissable du désir à l'emprise du
pouvoir, les flux déterritorialisés au quadrillage des frontières, la
reproduction bio-politique à la production économique.
Hardt et Negri soulignent bien que la mercatique, "postmoderne avant la
lettre", peut investir la pluralité et transformer "chaque différence en
opportunité" de consommation, ou "la gestion de la diversité" en opération
lucrative. Ils savent que l'apologie de contre-pouvoirs locaux et des
actions "de proximité" peut aussi exprimer une impuissance face au pouvoir
tout court. Ils savent que "l'hybridation, la mobilité et la différence ne
sont pas libératrices en elles-mêmes" et qu'il ne suffit pas d'opposer au
"peuple" mythique, "synthèse instituée préparée pour la souveraineté", une
multitude "faite d'individualités et de multiplicités irréductibles".
Ils utilisent pourtant sans examen critique la notion fort problématique de
postmodernité. Modernité et post-modernité se présentent alors comme des
époques successives et non comme deux logiques culturelles complémentaires
et contradictoires de l'accumulation du capital : centralisation d'un côté,
fragmentation de l'autre ; cristallisation du pouvoir et dissolution
généralisée ; pétrification des fétiches et fluidité de la circulation
marchande. La séparation dans le temps de ces tendances jumelles fait
apparaître le nouvel ordre impérial comme "postmoderne", "post-colonial" et
"post-national". Et si l'ordre impérial mondialisé, au lieu de remplacer
l'ordre ancien des dominations inter-étatiques, s'y superposait dans une
nouvelle constellation impériale ?
Daniel Bensaïd
- Thread context:
- Re: Emerging market bullshit rides again, (continued)
- Red Pepper speaks,
Ian Murray Thu 12 Jul 2001, 02:00 GMT
- WTO wants to be loved,
Ian Murray Thu 12 Jul 2001, 01:55 GMT
- Empire: penultimate paragraph,
Chris Burford Wed 11 Jul 2001, 23:15 GMT
- Empire: Le Monde review,
Chris Burford Wed 11 Jul 2001, 23:02 GMT
- Finite ice,
Chris Burford Wed 11 Jul 2001, 22:47 GMT
- Re: Global warming,
Rob Schaap Wed 11 Jul 2001, 21:52 GMT
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