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France : The new proletariat is greeting you.
- Subject: France : The new proletariat is greeting you.
- From: jybourdi@xxxxxxxxxxx (J.Y. Bourdin)
- Date: Tue, 19 Dec 1995 09:06:42 +0100
Please read this paper, published at 7 december in the french newspaper Le
Monde. I don't agree with some of his ideas, but I think it's of a great
significance, marxistically speaking. If someone has some time to
translate this paper, it were a good thing. Our strikes here needs our
time. I'll send an 8 bits version, including our special characters, when
the server will not wipe the 8th bit.
--------------------------------------------------
Le nouveau proletariat vous salue bien !
par Michel Cahen, Le Monde, 07/12/95.
Les greves actuelles representent une etape decisive dans la tendance
longue des peuples a la democratie. Derriere la defense d'acquis sociaux
cherement obtenus, de services publics fondateurs de l'identite de notre
Republique s'affirme certes le rejet massif du liberalisme maastrichtien
et de l'argent comme seul critere de regulation sociale. Mais aussi, a
beaucoup plus long terme, l'irruption du nouveau proletariat dans
l'histoire. Bien sur, cela ne vient pas de rien : des precedents
mouvements des infirmieres et des greves de cheminots, de l'hiver etudiant
de l986 a la levee en masse du 16 janvier 1994 contre l'aggravation des
dispositions de la loi Falloux, on a vu des categories
entieres de travailleurs entrer dans l'action, imposant leur point de vue
a des syndicats hesitants (ou produisant de nouveaux syndicats).
Aujourd'hui, meme si l'on peut faire confiance aux pouvoirs etablis pour
tenter de casser le mouvement secteur par s
ecteur (donnant aux uns pour mieux refuser aux autres), pour dresser les
<usagers> contre les <grevistes> (comme s'il ne s'agissait pas des memes
categories sociales et souvent des memes individus), meme si la peur de la
misere consecutive a une greve lon
gue peut dans les prochains jours faire apparaitre des divisions entres
ceux qui voudront reprendre et ceux qui voudront poursuivre, le fait
nouveau et majeur est que ces greves recueillent une sympathie assez
generale. Non,!
les fonctionnaires et travailleurs des services publics ne sont pas des
<nantis>. S'ils sont battus, ce sont les droits de tous qui seront
gravement entames pour la prochaine decennie. Confusement, les
travailleurs de France sentent que la situation francaise est comparable a
celle de la premiere annee de Ronald Reagan, quand ce dernier reussit,
pour faire passer ses <reformes>, a casser la greve des aiguilleurs du
ciel en en licenciant
16 000, et fut des lors tranquille pour la suite de ses deux mandats.
Comparable a celle de la premiere annee de Margaret Thatcher, quand elle
parvint, pour faire passer ses <reformes>, a casser la tres grande greve
des mineurs et fut des lors libre de s
es mouvements pour plus d'une decennie. Le president francais sait qu'il
doit, sans le dire ouvertement comme un Alain Madelin, provoquer un
nouveau mai 68 pour cette fois l'ecraser. Tel est le sens de sa
<declaration de Cotonou>, dans laquelle il a insis
te sur le contraste entre la duree, en semaines, des greves actuelles, et
la duree, en annees, dont il croit pouvoir disposer. L'enjeu est donc
considerable. Le danger, pour ceux qui dominent cette Republique, est que
l'identification d'une large partie des travailleurs de France aux
employes des services publics - qu'ils rejoignent ou non en pratique leur
mouvement greviste - ne fait que souligner l'unite fon
damentale du monde du travail salarie et sa massification sans precedent
dans la societe francaise. Certains le decouvriront avec terreur, mais le
proletariat represente desormais probablement plus de 75 % de la
population de ce pays. 75% de proletaires, dites-vous ? Vous exagerez ?
Mais non. Certes dans le langage courant la notion de <proletaire> a
souvent ete liee a tort a celle de <pauvre>: cela ne saurait exprimer la
place grosso modo identique de vastes secteurs de la population
dans le proces de production. Le proletaire est souvent pauvre, cependant
il n'est pas le seul dans ce cas. Parfois, il gagne dignement sa vie. Mais
il est celui qui, fondamentalement, vit de la vente de sa force de
travail. La premiere revolution industrielle (charbon, acier, textile) a
produit la <classe ouvriere> de notre vocabulaire classique. Mais deja
Marx, avec des exemples qu'il pouvait trouver a son epoque, avait affirme
que ceux qui etaient producteurs de services m
archands etaient aussi des proletaires: les conducteurs de locomotive ne
vendaient pas un objet-marchandise, mais un service-marchandise. La
deuxieme revolution industrielle (electricite, fordisme) a provoque le
phenomene des cols blancs. Certains conclurent des quelques differences
sociologiques entre cols bleus et cols blancs une difference de classes et
non point une differenciation au s
ein de la classe proletaire, et, deja, a la minoration de la classe
ouvriere. La troisieme revolution industrielle (atome, automatisme,
informatisation) entraina le developpement massif des milieux des
employes. Desormais, la classe ouvriere fut en <etat de disparition
progressive>. C'est oublier que le vocable <classe ouvriere> est,
conceptuellement, tout a fait impropre a designer ce qu'il represente. Le
proletariat ouvrier n'est pas une classe sociale, il est l'un des milieux
sociaux de la classe proletarienne, aux cotes d'autres
milieux sociaux proletariens comme les employes, les infirmieres, les
instituteurs, etc. A n'en pas douter la quatrieme revolution industrielle
(multimedia, autoroutes de l'information, tele-travail) entrainera une
nouvelle differenciation sociale au sein
du proletariat. A n'en pas douter il y aura, comme lors des precedentes
revolutions industrielles, une nouvelle mode de la <disparition de la
classe ouvriere>. Mais, pour prendre le cas - qui parait fort charmant a
certains analystes - du tele-travail, e
ntre la jeune femme rivee chez elle a son ecran d'ordinateur, <annualisee>
dans la duree et la productivite de son travail par une direction qui la
controlera dans tous ses mouvements quotidiens, quelle difference de
classe !
avec l'ouvriere d'usine ?
Chaque revolution scientifique et industrielle a amene des modifications
sociales au sein du proletariat. Cela entraina l'affaiblissement de
certaines composantes plus anciennes, et de ce fait l'affaiblissement
temporaire du syndicalisme qui eut besoin de
temps pour penetrer les nouveaux milieux sociaux proletariens. Puis ces
nouveaux milieux proletariens acquirent l'essentiel des traditions
sociales et de luttes des plus anciens, y adjoignant leur propre genie
social createur (par exemple la pratique des
coordinations elues). De plus, l'evolution technicoscientifique faisait
aussi evoluer les anciens milieux proletariens, rapprochant les
caracteristiques de leur travail de celles des nouveaux,
<re-homogeneisant> partiellement de la sorte une vaste classe
proletarienne que chaque choc scientifique avait quelque peu
<heterogeneisee>. Quelle difference entre l'employee de banque travaillant
a la lecture optique des cheques et le metallurgiste tourneur sur sa
machine numerique ? Mais chacune de ces revolutions eut une consequence
similaire au moins sur un point: l'augmentation absolue et relative du
nombre de proletaires, la proletarisation croissante (a ne pas confondre
avec l'appauvrissement) de milieux issus de l'artisanat, du
petit commerce, du paysannat, de la petite bourgeoisie. Au point de creer
dans les pays developpes une situation ou existe une large majorite
sociale proletarienne. Le seul moyen trouve par le capitalisme pour
freiner cette tendance structurelle est le c
homage de masse qui, partiellement, detruit physiquement le proletariat.
Mais cette tendance rencontre forcement des limites. Le cadre global de
long terme n'est pas remis en cause. Cette majorite proletarienne
modifiera considerablement a l'avenir les conditions du combat politique.
Anciennement, meme nos plus grands mouvements sociaux proletariens etaient
minoritaires dans le pays. La Commune de Paris fut largement la derniere
revo
lution du tiers-etat. Le Front populaire acquit brievement la sympathie
d'une majorite de citoyens mais le nombre de grevistes tourna autour du
million. En mai 68 ce fut bien plus. Desormais les conditions objectives
permettent que des categories encore plus massives de gens se mettent en
mouvement. Or cela est potentiellement porteur d'une force gigantesque
pour la democratie. On n'aura plus comme auparavant des secteurs
semi-ruraux, semi-ouvriers, et artisanaux gagnes a la sympathie d'un
secteur proletarien en pointe mais cependant minoritaire dans sa lutte. On
aura l'irruption de secteurs entiers, proletaires et majoritaires, de la
population, eux-memes directement et physiquement dans la lutte,
determinant leurs propres !
objectifs en raison de leurs interets de classe! Voila l'avenir proche.
Et de quelle democratie s'agit-il ? Pas de la democratie <liberale> dont
un malheureux adjectif vient attenuer la portee, mais de la democratie
sans adjectif, de la democratie <tout court>.
Messieurs les dominants, le nouveau proletariat vous salue bien !
Michel Cahen est chercheur au CNRS (Institut d'etudes politiques de
Bordeaux).
--------------------------------------------------
J.Y. Bourdin
Professeur de philosophie
93700 - Drancy
France
jybourdi@xxxxxxxxxxx
--- from list marxism@xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx ---
------------------
- Thread context:
- Farewell, Steve,
Lisa Rogers Tue 19 Dec 1995, 16:51 GMT
- Fascism and nonsense,
L . Candreva Tue 19 Dec 1995, 10:18 GMT
- Social Wage,
Eric Nilsson Tue 19 Dec 1995, 08:52 GMT
- <Possible follow-up(s)>
- Social Wage,
Chris, London Wed 20 Dec 1995, 23:47 GMT
- France : The new proletariat is greeting you.,
J.Y. Bourdin Tue 19 Dec 1995, 08:06 GMT
- One bit more, please, to become internationalist.,
J.Y. Bourdin Tue 19 Dec 1995, 08:06 GMT
- <Possible follow-up(s)>
- Re: One bit more, please, to become internationalist.,
Walter Daum Tue 19 Dec 1995, 12:05 GMT
- Re: One bit more, please, to become internationalist.,
Doug Henwood Tue 19 Dec 1995, 14:46 GMT
- Re: One bit more, please, to become internationalist.,
Jim Jaszewski Tue 19 Dec 1995, 15:24 GMT
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