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[A-List] Parizeau, Régis Debray : une même analyse
http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=535&printmode=true
Parizeau, Régis Debray : une même analyse
21 janvier 2008
l'aut'journal
Dans sa conférence donnée lors du 90e anniversaire de l'Action nationale ?
reproduite dans le numéro spécial de la revue (novembre/décembre 2007) ?
Jacques Parizeau argumente contre la thèse selon laquelle la souveraineté du
Québec n?aurait été que le projet d?une génération.
Cependant, après avoir rappelé les grandes étapes de la Révolution
tranquille, Parizeau affirme qu?une « nouvelle façon de voir la souveraineté
apparaît maintenant dans un contexte complètement différent, dans un cadre
politique qui n?a plus beaucoup de rapport avec celui que nous avons connu à
nos commencements ».
Il date la césure au référendum de 1995 qui, selon lui, « a marqué la fin,
en quelque sorte du rêve d?un génération ».
« Après 1995, précise-t-il, il a fallu un certain temps pour retomber sur
nos pieds et commencer à comprendre à quel point le monde qui nous entourait
changeait rapidement : la mondialisation remettait en cause l?État que nous
avions cherché à construire. »
La mondialisation change tout
Parizeau rappelle que « pendant longtemps, nous avions été très influencés
par tous ces pays de la décolonisation qui devenaient indépendants les uns
après les autres », mais enchaîne-t-il « dans le cadre de la mondialisation
c?est tout à fait autre chose, car c?est pour d?autres motifs qu?on va voir
apparaître la nécessité de l?État souverain. Personne n?était prêt à cela,
on aura mis un certain temps à le comprendre mais maintenant c?est saisi, ça
y est. »
Et qu?est-ce qui a changé si fondamentalement ? C?est, selon Parizeau, le
fait que « l?économie a cessé de définir les frontières d?un pays ». Dans le
cas du Canada, le libre-échange a changé complètement la donne car, rappelle
Parizeau, « le Canada, c?était une création économique, un chemin de fer
transcontinental, puis un droit de douane ».
Aujourd?hui, à la condition fondamentale « d?appartenir à un grand marché »,
il n?y a pas de « pays trop petit pour être riche, prospère, et se
développer ».
« Dans la mondialisation des échanges, conclut Parizeau, l?économie ne
définit plus les pays, ce qui les définit et détermine leur succès, c?est
leur capacité à s?y inscrire et à en tirer avantage. »
Les pays se définissent par leur culture
Si les pays ne se définissent plus par leur économie, qu?est-ce qui définit
un pays? Parizeau répond : « les pays se définissent par leur culture dans
le sens large du terme. »
« Si on reconnaît que le facteur-clé, c?est la culture, si on réalise que
l?économie n?est pas un obstacle, on comprend mieux ce qui se passe à
travers le monde. Il n?y a pas de moins en moins de pays indépendants, il y
en a de plus en plus. »
La souveraineté va dans le sens de l?Histoire
Parizeau en tire la conclusion qui s?impose. « Dans ce sens-là, la
souveraineté du Québec n?est pas à contresens de l?Histoire, comme on nous
le répète, elle est tout à fait dans le sens de l?Histoire. Chaque peuple
veut son pays parce qu?il peut enfin être certain que s?il le gère
correctement, il pourra se développer, être riche et organiser ses affaires
comme il l?entend. Sur le plan des mentalités, c?est une révolution ».
« Tous les Québécois n?en sont pas là, reconnaît-il, mais on finira par le
réaliser, ici comme un peu partout dans le monde. Il y a des endroits où
cela se comprend mieux par la force des choses. En Europe, on ne dit rien
d?original quand on dit ce que je viens de dire ».
Chaplin avait tort
Au nombre des Européens qui tiennent un propos similaire, il faut noter
Régis Debray.
Dans un fascicule récemment publié aux Éditions CNRS et intitulé « Un mythe
contemporain : le dialogue des civilisations », l?ancien conseiller du
président Mitterrand écrit que « le rôle déterminant en dernière instance
que le XIXe marxiste prêtait au facteur économique, comme le XXe libéral l?a
fait au politique, le facteur culture, qui englobe le religieux, le remplira
très probablement dans le siècle qui s?ouvre. Et cela fera de ce dernier,
contre toute attente, le siècle des minorités. Le contraire de ce qu?avait
prévu Chaplin dans Les Temps modernes où le générique nous montre un
troupeau de moutons anonymes allant et venant entre l?usine et la maison ».
Régis Debray y va de considérations particulièrement intéressantes sur la
technique et la culture où l?on peut tracer des parallèles avec l?analyse de
Parizeau sur l?économie et la culture.
Selon Debray, « le progrès qui a sens précis en matière technique et
scientifique, n?a pas le même en matière culturelle. La culture fractionne
l?espèce humaine en personnalités non interchangeables ? ethnies, peuples et
civilisations ? alors que la technique l?unit, en rendant nos objets
inter-opérables. »
« Les lieux de mémoire et la mémoire des lieux, poursuit Debray, favorisent
l?ethnocentrisme; les épidémies de ??dernier modèle??, téléphone tri-bande,
écran plasma ou 4 x 4, alimentent le cosmopolitisme. »
« Leur fonctionnement n?étant pas lié à une terre, langue ou religion
particulière, Airbus, satellites et centrales nucléaires sont de parfaits
nomades. L?espace des m?urs, des langues et mythes, lui, est autochtone et
fortement polarisé. »
« Le code-barres voyage partout, non les caractères d?écriture. Et on unifie
plus facilement les marchés que les calendriers, les climatiseurs que les
manuels d?histoire. Le temps est infiniment plus difficile à maîtriser que
l?espace. »
Un nous se pose en s?opposant à un eux
Pour Debray, « nous habitons une culture, non une technique. Nous habitons
une langue, mais nous nous servons d?un Mac. Internet structure le monde
comme un réseau, c?est un fait. Mais structurer le réseau comme un monde,
c?est une tout autre affaire. Un monde, je veux dire une mémoire partagée,
un territoire, une langue commune »
« L?illusion technocratique était là : un réseau d?autoroutes et de chemins
de fer était absolument nécessaire pour faire l?Europe, et absolument
insuffisant pour créer un quelconque sentiment d?identité. »
Un autre constat de Debray a une résonance particulière au Québec. « La
culture, écrit-il, est un lieu naturel de la confrontation, puisque c?est la
forge de l?identité, et qu?il n?y a pas d?identité sans un minimum
d?altercation avec un autre que soi. Quoi qu?on en fasse et dise, un Nous se
pose en
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