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[A-List] Retro Controversy: Solidarnosc
Le Monde has a column called "Rétrocontroverse." Today's retro
controversy in the paper is what to think of Solidarnosc. Have
leftists learned anything about the problem of economism, sectoralism,
and workerism from reflections on the Solidarnosc experience?
<http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-939018,0.html>
Débat
Rétrocontroverse : 1980, que faut-il penser de Solidarnosc ?
LE MONDE | 25.07.07 | 13h35 • Mis à jour le 25.07.07 | 13h35
Ce 14 août 1980, lorsque les 17 000 ouvriers des chantiers navals
Lénine de Gdansk se mettent en grève, il n'est pas sûr que le Parti
ouvrier unifié polonais (POUP) et l'Etat polonais puissent à nouveau
sortir de leur chapeau une personnalité charismatique telle que
Wladislaw Gomulka en 1956 ou l'ancien mineur Edward Gierek en 1970. Et
il est encore moins sûr que la société polonaise se satisfasse d'un
nouveau magicien. Bref, la Pologne est en ébullition, les
intellectuels français, certains syndicalistes et leaders politiques
de la gauche non communiste aussi.
Bien sûr, la gauche laïque est plutôt méfiante devant cette débauche
de religiosité qui envahit les usines polonaises, mais seuls le Parti
communiste français et ses satellites restent figés dans leur fidélité
au socialisme soviétique. Globalement, l'opinion française, en
vacances, a de l'empathie pour ce peuple qui tente de sortir d'un
monde embourbé dans un totalitarisme devenu banal. Parfois les
enthousiasmes sont un peu débordants. L'historien Marc Ferro va
jusqu'à évoquer, dans Le Monde, le Conseil panrusse des comités
d'usine dans la Russie de 1918, et l'universitaire spécialiste du
droit soviétique Vassil Vassilev évoque les révoltes russes de
1905-1906 et de février 1917... Mais une question revient, obsédante :
quel sera le prix à payer ?
Du côté soviétique, les réactions au mouvement social polonais sont
classiques, donc inquiétantes : des "éléments antisocialistes" ont
abusé la classe ouvrière et réussi à pénétrer certaines usines... Les
"centres subversifs occidentaux" sont à l'oeuvre. Revient également
dans les communiqués cette notion de "revanchards allemands" qui avait
tant fleuri dans la presse communiste occidentale et orientale pendant
les premières années de la guerre froide. Et, bien sûr, les émissions
de la BBC et de Radio Free Europe sont brouillées.
Le 3 septembre, la Pravda publie un éditorial pour dénoncer les
"contre-révolutionnaires" qui essayent de détourner la Pologne de la
voie dans laquelle elle s'est engagée après la libération des
"envahisseurs fascistes allemands". Trois jours plus tard, Edward
Gierek abandonne le poste de premier secrétaire du POUP. Raison de
santé. Une réalité qui ne suffit pas à apaiser les esprits. Car arrive
au bureau politique le général Moczar, ancien ministre de l'intérieur
lors des purges de 1968 et à l'époque initiateur des campagnes
antisémites. Plus les mois passent, plus la question d'une éventuelle
réaction russe emplit les esprits.
Fin août, le comité de grève interentreprises et la commission
gouvernementale signent un accord en 21 points qui permet notamment la
création de syndicats indépendants. Le travail reprend, mais rien
n'arrête la dynamique revendicative dans la société civile, et, avec
l'automne, l'interrogation sur une intervention soviétique se fait
plus vive. Le 10 novembre 1980, la Cour suprême valide les statuts de
"Solidarité" (Solidarnosc), et, le 5 décembre, se réunissent à Moscou
les représentants du pacte de Varsovie. Douze jours plus tard, dans
nos colonnes, Jean-Claude Servan-Schreiber, l'ancien homme de presse
un temps député gaulliste, alerte l'opinion sur "un génocide" à venir.
Il se "prépare allègrement", écrit-il, et commencera par une guerre
éclair, l'armée polonaise défendant sa patrie contre une occupation
russe. De son côté, le diplomate René Vermont en appelle à l'histoire
des relations russo-polonaises pour affirmer que Moscou ne peut, et
n'a jamais pu, accepter à ses frontières un mouvement démocratique qui
aille au-delà de la "norme russe". Maurice Duverger est moins
alarmiste : l'existence de "Solidarité" est acceptable par les
Soviétiques tant que le syndicat ne remet pas en cause le pouvoir du
Parti. Par contre, ajoute-t-il, ce "gigantesque happening", qui gagne
toutes les entreprises et fragilise encore un peu plus l'économie,
limite les capacités de tolérance russe.
Ne pas remettre en cause l'autorité du Parti, cela signifie pour
Solidarnosc éviter les émeutes et accepter les compromis. "Un
mouvement sans victimes ni utopie", propose Aleksander Smolar,
chercheur au CNRS et, à l'époque, représentant du KOR (Comité de
défense des ouvriers) à l'Internationale socialiste (Le Monde du 27
décembre 1980). Autant les chroniqueurs et intellectuels français
expriment leurs craintes, autant les intellectuels polonais investis
dans le mouvement en cours reviennent sur la spécificité de
l'expérience polonaise, qui permet à Jacek Kuron, membre important du
KOR, d'écrire que l'intervention n'est pas inévitable. "Nous pouvons
légitimement supposer que les gouvernants de l'URSS ne
s'aventureraient pas dans une intervention armée en Pologne tant que
les Polonais s'abstiendront de renverser qui est docile à l'URSS" (Le
Monde du 20 août 1980). Il faut donc rompre avec la tradition
révolutionnaire de la prise du pouvoir d'Etat. La non-intervention est
à ce prix. Même musique chez Adam Michnik : une entente est possible
avec la direction communiste polonaise.
A Paris, Paul Thibaud, alors directeur de la revue Esprit, croit en
cette démarche : tant que Solidarnosc demeure dans la sphère de la
société civile et se refuse à la tentation du pouvoir, les Russes
resteront aux frontières. La vision romantique et violente de la
tradition ouvrière européenne fait place à ce qu'il nomme le "réalisme
imaginatif". "Ne rêvons pas, précise Aleksander Smolar, ne comptons
pas sur des élections libres, sur l'abolition de la censure et de la
police politique" (Le Monde du 2 septembre 1980).
Le 9 février 1981, les communistes polonais nomment le général
Jaruzelski à la tête du gouvernement, le dernier "élément intérieur"
avant une réaction extérieure. "Je pense que c'est quelqu'un de bien,
que c'est un bon Polonais", dira Lech Walesa dans un entretien avec
Bernard Guetta (Le Monde du 21 mars 1981). Onze mois plus tard, le 13
décembre, le général proclame l'"état de guerre", et, au petit matin,
des milliers de syndicalistes et d'intellectuels sont arrêtés. Mais
dans les rues de Varsovie les chars sont polonais.
Yves-Marc Ajchenbaum
Article paru dans l'édition du 26.07.07
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Yoshie
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