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[A-List] La Russie ne sacrifiera pas les Abkhazes
http://www.voltairenet.org/article145038.html
La Russie ne sacrifiera pas les Abkhazes
par Sergueï Markedonov*
Alors que l?OTAN pousse à l?indépendance du Kosovo, la Russie rappelle
qu?elle peut répondre en favorisant d?autres indépendance comme celle de
l?Abkhazie. Cependant, elle doit agir avec prudence car elle doit à la fois
éviter de reconnaître seule un État qui deviendrait son client exclusif et
éviter de rouvrir un conflit ethnique qui pourrait s?étendre sur son propre
territoire. Le Kremlin n?a pas pour autant laissé tombé l?Abkhazie?
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1er février 2007
Depuis
Moscou (Russie)
Outils
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Pays
Russie (Fédération de)
Géorgie
La situation politique autour de l?Abkhazie retient chaque jour davantage
l?attention de la communauté mondiale. Au Conseil de sécurité de l?ONU, la
question abkhaze a fait l?objet d?une discussion à deux reprises en six
mois. Elle est devenue un point de compromis dans les relations
russo-états-uniennes. La résolution 1716, très critique vis-à-vis de la
Géorgie, a été adoptée pratiquement au même moment où la Russie effectuait
un vote bienveillant concernant la RDPC. C?est le secrétaire général de
l?ONU lui-même qui, au début de 2007, a présenté un rapport sur la situation
ethnopolitique en Abkhazie. Au cours de la semaine qui a précédé la réunion
du Conseil de sécurité, Ban Ki Moon a présenté sa vision de la situation
dans le secteur de Gali, en Abkhazie (où, à la veille du Nouvel An, des
flambées de violence avaient été enregistrées des deux côtés).
Les hommes politiques et les diplomates russes ont traditionnellement peur
de la possibilité même d?internationalisation. Mais, comme l?ont montré les
événements de ces derniers mois, il n?y a rien, dans ce phénomène, qui
puisse menacer les intérêts nationaux russes. À une seule condition, qu?il
faudra respecter scrupuleusement, à l?avenir également. La diplomatie russe
doit savoir mettre les accents où il faut et bien définir les priorités.
De plus, aussi paradoxal que cela puisse paraître, l?internationalisation ne
contredit en rien les intérêts nationaux, elle les favorise même. Mais cette
thèse exige plusieurs concrétisations importantes. Il faut définir les
formats de l?internationalisation. Dans tous les cas, il serait extrêmement
improductif de rejeter l?idée même d?adjoindre au règlement pacifique des
forces extérieures autres que la Russie. Il est important de comprendre les
forces dont a besoin, et à quel moment, pour réaliser les objectifs.
La Russie doit autant que possible mettre l?accent sur le rôle de l?ONU et
du Conseil de sécurité. D?un côté, ces structures marquent le sommet de la «
communauté mondiale » à laquelle tous en appellent, y compris la Géorgie.
D?un autre côté, la Russie a ses propres ressorts d?influence au sein de
l?ONU. De ce fait, Moscou pourrait simultanément et ne pas perdre son rôle
et s?intégrer à un marché « international ». Cette même mission de l?ONU en
Géorgie, qui travaille sur le terrain et qui connaît bien la situation
réelle en Abkhazie, est prête dans une bien moindre mesure à accepter les
projets public relations de Mikhaïl Saakachvili. Il est dans l?intérêt de la
Russie que l?élite abkhaze du monde politique et des affaires, les
représentants du secteur tertiaire aient aussi des contacts avec les
structures européennes (aussi bien étatiques que non gouvernementales, ayant
un impact sérieux sur l?opinion publique à l?intérieur même de leurs Etats).
Si la Russie est intéressée à ce que l?Abkhazie devienne, dans le futur, un
État de jure, elle doit savoir que son isolement et sa reconnaissance
exclusive par le Kremlin n?est pas une aide mais une gêne. La Russie peut
admettre une reconnaissance juridique formelle de l?Abkhazie sans nuire à
ses intérêts, uniquement si cette reconnaissance est garantie par un concert
d?États. Sans cela, Moscou devrait se limiter à un soutien politique de fait
de l?Abkhazie, dans la mesure où son incorporation de force dans la Géorgie
signifierait une déstabilisation à l?intérieur même de la Russie, dans le
Caucase du Nord.
Par conséquent, l?ouverture de l?Abkhazie est avantageuse pour la Russie. Il
n?existe aucune conjuration mondiale antiabkhaze. Il n?y a qu?une vision pas
tout à fait adéquate de ce qui se passe dans cette république. Les experts
étrangers et les ONG, qui ont été mieux informées de ce qui se passait à
l?intérieur de l?Abkhazie, ont changé à 180° leur opinion sur cet État non
reconnu. Par conséquent Moscou a pour tâche de former un « tableau
informationnel » adéquat de l?Abkhazie.
Autre question, l?opération de maintien de la paix dans la zone du conflit
abkhazo-géorgien. La Russie ne doit pas, ici, perdre son rôle exclusif.
L?idée d?introduire des forces de police internationales dans le secteur de
Gali, énoncée par le diplomate états-unien Mathiew Brise lors de sa visite
en Transcaucasie ne peut pas être concrétisée sans porter atteinte aux
intérêts russes. L?introduction de forces de police internationales créera
immédiatement plusieurs centres de force, axées sur la confrontation entre
eux. Et, si les forces de paix sont marquées comme pro russes, les forces de
police seront marquées comme pro géorgiennes. Ainsi, au lieu d?une
pacification, on pourrait assister à une relance du conflit avec adjonction
de forces extérieures. Quant à l?activité des soldats de la paix russes, une
question se pose : Et qui a aidé au retour en Abkhazie de quelque 60 000
réfugiés ? Aujourd?hui, malgré tous les mauvais calculs de la politique
russe en Géorgie, il faut reconnaître que les forces de paix russes ont joué
un rôle stabilisateur dans la zone du conflit. Ce sont elles qui ont dégelé
le conflit en mai 1998 et à l?automne 2001 alors que les prémisses
existaient.
Ainsi, en combinant la domination militaro-politique dans la zone du conflit
abkhazo-géorgien avec l?internationalisation des contacts de l?élite abkhaze
et l?internationalisation des discussions politiques sur le règlement du
conflit, en complétant la mission de paix par un format actif de l?ONU, la
Russie pourrait considérablement renforcer ses positions de garant de la
paix dans cette région agitée. Il faut, pour cela, savoir parvenir à des
alliances de situation avec les États-Unis et les pays de l?Union
européenne, être plus souple et correct, mais le prix de la question ? la
stabilité du Caucase du Nord ? doit obliger le Kremlin à être plus réaliste
et pragmatique.
Sergueï Markedonov
Membre de l?Institut russe d?analyse politique et militaire.
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