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[A-List] Les négationnistes passent à l'attaque
http://www.ledevoir.com/2007/02/02/129641.html
Les négationnistes passent à l'attaque
Louis-Gilles Francoeur
Édition du vendredi 02 février 2007
Mots clés : Nations Unies, Kyoto, Climat, Changements climatiques, Canada
(Pays)
Les adversaires de Kyoto mobilisent des chercheurs américains pour attaquer
la crédibilité du rapport de l'ONU sur le climat
En prévision du choc que risquent de provoquer ce matin les conclusions des
experts sur le climat réunis à Paris depuis une semaine, des négationnistes
nord-américains et canadiens ont entrepris d'attaquer la crédibilité du
quatrième rapport onusien, qui sera dévoilé ce matin, pendant que d'autres
reprochaient à mots couverts aux gouvernements et aux écologistes de trop
mettre l'accent sur la lutte contre les causes du mégaproblème.
Ces attaques ont toutefois des allures de baroud d'honneur devant
l'importance que prend le dossier des changements climatiques aux
États-Unis, où trois aspirants à la présidence, un républicain et deux
démocrates, ont publiquement pris position depuis deux jours en faveur d'un
engagement ferme des États-Unis dans la bataille du climat.
Au Canada cependant, le Natural Resources Stewardship Project (NRSP)
dénigrait par communiqué la crédibilité du rapport du Groupe
intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC), dont le «Sommaire
réservé aux décideurs» a été débattu et finalement approuvé la nuit dernière
par plus de 500 climatologues et scientifiques de partout sur la planète et
divulgué à 3h30 ce matin, heure d'ici. C'est l'ébauche soumise à cet
imposant groupe scientifique que Le Devoir dévoilait samedi dernier.
Pour le NRSP, qui a mobilisé plusieurs chercheurs états-uniens à l'appui de
sa thèse néanmoins marginale, l'adoption du sommaire proposé par le GIEC est
un geste plus politique que scientifique.
Citant Richard Lindzen, professeur au MIT de Boston et membre du GIEC, le
NRSP soutient que les conclusions du sommaire «traduisent un consensus entre
des représentants gouvernementaux (dont plusieurs représentent leur pays au
sein du protocole de Kyoto) plutôt qu'entre des scientifiques».
Aussi, ajoute le groupe négationniste, le rapport lui-même ne sera pas
disponible avant le mois de mai, car il faudra le modifier pour le rendre
conforme aux conclusions de la rencontre scientifique de Paris. Au cours de
cet exercice, ajoute le communiqué du groupe canadien, on ne sait pas ce qui
se passera, les auteurs du rapport final ayant fait le serment de garder
secrètes leurs délibérations. Le NRSP poursuit ses attaques contre la
crédibilité du GIEC en ajoutant que plusieurs de ses membres censés
contrôler les études et le bilan quinquennal statuent aussi sur leurs
propres études.
La réalité est quelque peu différente, car les analyses et les constats du
GIEC sont basés sur une intégration des données et des analyses de 19 grands
modèles mathématiques prévisionnels qui aboutissent par des chemins
différents à des conclusions très similaires. Le bilan quinquennal du GIEC
synthétise aussi les conclusions de plusieurs centaines d'études réalisées
par plusieurs milliers de chercheurs à travers le monde, dont les
conclusions généralement convergentes sont actuellement validées à Paris par
un groupe scientifique qui requiert pour chaque mot l'unanimité des 500
participants. Les conclusions du GIEC sont pour une grande part basées sur
plusieurs études de la NASA et de la National Oceanic and Atmospheric
Administration (NOAA) des États-Unis, un pays dont l'administration fédérale
renie pourtant le protocole de Kyoto. Enfin, notons que l'Académie nationale
des sciences des États-Unis, dont les négationnistes canadiens citent la
critique d'un des chercheurs, a approuvé l'été dernier une déclaration
conjointe avec quatre autres grands pays émetteurs de gaz à effet de serre,
déclaration qui va précisément dans le sens des conclusions du GIEC.
D'ailleurs, hier à Paris, les débats se sont enflammés, selon l'agence
Associated Press, autour de la marge d'erreur de la conclusion centrale du
GIEC, qui attribue clairement aux humains le réchauffement en cours de la
planète. Alors que le groupe scientifique concluait qu'il est «très
probable» que le réchauffement soit d'origine humaine (c'est-à-dire probable
à plus de 90 %), certains auraient voulu qu'on dise «quasiment certain»
(c'est-à-dire à plus de 99 %). Mais la délégation de la Chine, le pays qui,
l'an prochain, devrait devenir le premier émetteur en importance sur la
planète, s'est opposée à tout durcissement supplémentaire de la formulation,
ont rapporté les délégués de la Barbade, Leonard Fields, et du Zimbabwe,
Washington Zhakata.
La conclusion finalement retenue -- le «très probable» suggéré par le GIEC
-- va quand même plus loin que celle du rapport de 2001, qui affirmait, sans
préciser le degré de fiabilité de l'assertion, que le réchauffement était
«probablement» attribuable aux émissions de CO2 d'origine humaine.
Pendant ce temps, au Canada, le Conference Board déplorait, étude à l'appui,
qu'on parle trop peu ici de la nécessité de s'adapter aux changements
climatiques, ce qu'on devrait faire plutôt que de toujours discuter, comme
le font les écologistes et les politiques, de la nécessité de mobiliser les
énergies pour agir sur les causes du problème. Dans un communiqué rédigé
uniquement en anglais, le Conference Board dit estimer que «quoi qu'on fasse
pour réduire les émissions, le climat va changer et cela affectera les
Canadiens», expliquait son vice-président, Gilles Rhéaume. La baisse des
niveaux des Grands Lacs, donnait-il en exemple, risque de provoquer des
pénuries d'eau et de modifier les récoltes dans les Prairies canadiennes
alors que les trois régions côtières du pays seront aux prises avec la
hausse du niveau des mers.
Il faut, selon le Conference Board, mettre en avant dès maintenant des
politiques «d'adaptation» aux changements climatiques, axées sur les
problèmes que les institutions publiques et le secteur privé devront
affronter. Selon le Conference Board, les politiques, le public et les
médias passent à côté d'une dimension fondamentale des changements
climatiques en parlant trop peu des problèmes d'adaptation et en mettant
trop l'accent sur la lutte contre les changements climatiques, un dossier
qui a fait beaucoup jaser mais qui a suscité peu d'action, soutient
l'organisme.
À l'opposé de cette démarche, un groupe d'investisseurs institutionnels
américains totalisant des actifs de 41 trillions $US a demandé hier aux 2400
sociétés industrielles les plus importantes de la planète de dévoiler dès
maintenant et chaque année leurs émissions de gaz à effet de serre afin que
tout le monde puisse suivre leur progression ou le danger qu'elles
représentent pour la sécurité climatique. Ces 284 grands investisseurs
estiment que le Carbon Disclosure Project, qui vise à préciser aux
investisseurs la dépendance au carbone des société industrielles, est
désormais un incontournable pour qui veut vraiment donner l'heure juste à
propos de ses perspectives d'avenir sur le plan économique. Ces grands
investisseurs plaident pour un changement draconien des politiques
gouvernementales dans la lutte contre les sources d'émissions car, à leur
avis, il serait inutilement coûteux d'investir dans l'adaptation si le
problème n'est pas attaqué à sa source même.
Le Congrès s'échauffe
Les conclusions du prochain rapport du GIEC et les majorités démocrates au
Congrès modifient totalement le débat sur les changements climatiques.
C'est ainsi que la sénatrice Hillary Clinton et son principal adversaire à
l'investiture démocrate, le sénateur Barack Obama, ont tous deux signé au
cours des derniers jours le projet de loi présenté au Sénat par Joe
Lieberman, un indépendant du Connecticut et ancien colistier d'Al Gore,
ainsi que par le sénateur républicain John McCain, de l'Arizona. Ce projet
de loi, un des cinq récemment déposés au Congrès, propose de ramener d'ici
2012 les émissions de GES des États-Unis au niveau de 2004 avec, par la
suite, une baisse annuelle de 2 % pour atteindre une réduction globale de 60
% d'ici 2050.
Tous les projets de loi déposés proposent un plafonnement des émissions des
grands émetteurs -- et, dans certains cas, des émissions de tous les
secteurs économiques -- ainsi que la mise en place d'un marché de crédits
d'émissions, calqué sur le modèle européen, ce que l'administration Bush et
les promoteurs des combustibles fossiles refusent totalement.
Le comité sénatorial où les grandes figures du Sénat se sont presque toutes
prononcées cette semaine pour un engagement ferme des États-Unis dans la
bataille du climat siège en même temps qu'un autre comité sénatorial qui
instruit une enquête sur les tentatives de l'administration Bush de museler
les chercheurs de la NASA et de la NOAA, notamment, afin qu'ils ne parlent
pas publiquement de leurs travaux et, surtout, qu'ils évitent les
conclusions et les commentaires contraires aux voeux de l'administration. Le
nombre d'interventions visant à forcer la science du climat dans le sens des
visées de l'administration Bush est tel que le Sénat a ouvert une enquête
publique.
Le Devoir
Avec l'Associated Press
et l'Environmental News Service
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